Historique des poules naines

 

Les races de poules naines, au sens où nous entendons actuellement le terme "race", sont peut-être très anciennes, mais notre civilisation occidentale ne les a vraiment reconnues, en tant que races, qu'à partir de la fin du XVIIIème siècle. Pourtant, en d'autres contrées, et en particulier dans l'Est et le Sud-est asiatiques, il est certain qu'il a existé des naines et des naines de race pure bien des siècles auparavant. Le meilleur exemple en est la Nagasaki, dont la silhouette bien particulière ne peut être confondue avec celle d'aucune autre race, qui est représentée sur des estampes japonaises dès le XVIème siècle et bien antérieurement sur des estampes chinoises. D'après Jacques HUARD (Historique de la poule naine, 1989) la poule naine aurait été sélectionnée en Chine bien avant l'ère chrétienne. Elle n'était cependant pas totalement inconnue en Occident dans ces temps reculés. COLUMELLE, écrivain latin du premier siècle après Jésus-Christ, dans "De re rustica" divise les poules en plusieurs races (ou variétés de plumage) et parle d'une poule naine qu'il juge dépourvue de tout intérêt.

Ce qui est certain, c'est que la poule naine est issue de la poule sauvage Gallus gallus ("Bankiva" en langue vernaculaire), ou d'une descendante de cette Bankiva pas encore grossie par la domestication. La Bankiva pèse entre un kilo et trois livres. Le gène mutant responsable de la nanification réduit la masse d'environ un tiers. La poule naine originale devait donc peser entre 600 et 1000 grammes, créneau toujours actuel des races naines. Voici deux mille ans, il est bien évident que seule la civilisation chinoise, déjà soucieuse de raffinements, pouvait s'intéresser à de telles miniatures. En Occident, sans parler de la Gaule encore barbare, les Romains, Grecs et même Égyptiens étaient beaucoup trop empiristes et matérialistes pour s'intéresser aux miniaturisations, leur préférant ce qui était abondant, spectaculaire, grand et fort. COLUMELLE, en décriant la poule naine, ne fait que refléter l'opinion générale.

Il reste cependant que la Chine, incontestable et très ancien berceau de races naines, a pu être concurrencée en ce domaine par les îles de la Sonde et Java. Malheureusement les civilisations locales n'ayant pas de tradition écrite ne nous ont rien transmis. Il est certain que de petites poules y existaient, peut-être pas en tant que races mais en tant que naines. La tradition orale internationale qualifie les naines de "Bantams". Par exemple, en France nous nommons une race de naines "Java", en Angleterre elle se nomme "Rosecomb Bantam" et en Allemagne "Bantam". En Angleterre ce que nous nommons "Sebright" est la "Bantam Sebright". Or BANTAM est le nom d'un grand et très ancien port d'Indonésie d'où auraient été exportées de petites poules, même avant qu'elles ne le soient de la Chine ou du Japon. Mais n'extrapolons pas au delà du raisonnable; la Java que nous connaissons a été fixée, pour ne pas dire créée, sous sa forme actuelle, en Angleterre et diffère certainement de ce que devaient être, voici des siècles, les naines importées de Java. D'ailleurs actuellement il n'y a pas de vraies "Javas" à Java, sinon importées d'Occident à une époque récente, mais il y existe toujours beaucoup de naines diverses.

Vous trouverez ci après l'historique, du moins ce que nous pouvons en connaître, de quelques races naines n'ayant pas leur homologue en grande race (des naines "vraies" ou "d'origine"). Les réductions de grandes races sont de création relativement récente, dans la première moitié du XXème siècle. Les plus anciennes réductions (combattant anglais, combattant indien) ayant vu le jour en Angleterre au XIXème siècle, rarement avant.

La Nagasaki :
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Son nom français est celui d'un grand port japonais d'où elle fut probablement exportée vers l'Europe. Ailleurs elle est nommée "Chabo" ou "Japonaise". Ce sont certainement les Japonais qui l'ont amenée à la perfection de son type actuel. Pourtant elle n'apparaît au Japon que vers 1600 alors qu'elle est beaucoup plus anciennement connue en Chine, probablement depuis vingt siècles. C'est d'ailleurs de la Chine qu'elle fut importée en Europe pour la première fois, en 1830, alors que les importations en provenance du Japon ne datent que de 1854. Elle est fréquemment représentée sur de très anciennes estampes chinoises.

La Java :
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Que des poules importées de l'île de Java aient participé à la création de cette race, c'est possible. Mais il est certain que, dans sa forme actuelle, elle a été créée et fixée en Angleterre, La variété noire a été la première, puis la blanche est apparue suivie de la bleue. Les Anglais n'admettent que ces trois variétés. Les autres sont uniquement continentales, mais sont elles vraiment des Javas? La texture trop étroite de leur plumage en fait parfois douter. Historiquement les Anglais l'ont nommée "Bantam" avant qu'elle ne prenne le nom de "Rosecomb bantam" avec l'adoption de son actuel standard. En France c'est toujours la "Bantam". Le nom "Java" n'est utilisé que dans les pays francophones.

La Sabelpoot :
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C'est une des plus anciennes races naines définies en Occident. Dès le XVIème siècle on trouve la trace d'une volaille naine aux pattes emplumées dans le Nord de l'Europe et, en particulier, aux Pays-Bas. La littérature avicole des siècles suivants parle de "Booted bantams" en Angleterre, de "Naines pattues" en France et de "Naines allemandes pattues" en France. Sa présence en Europe, sans doute sous des formes diverses, est donc bien antérieure aux importations de Bantams de Pékin (1860) qui auraient pu amener le caractère "pattes emplumées". D'où venait-elle ? Mutation locale conservée et exploitée ou encore une importation d'Asie?

La Sebright :
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C'est en 1800 que Sir John Sebright, membre du parlement anglais, commença à croiser des booted bantams noirs et blancs, des poules de Java et des Padoues argentées et dorées. Ajoutez un zeste de Hambourg pour la crête et croisez le tout avec un coq de race inconnue mais ayant un plumage de poule et vous obtenez cette race! Lord Sebright fut le modèle de l'éleveur opiniâtre. Il lui a fallu près de quinze années de sélection et d'insuccès pour atteindre le but recherché : une race très naine (600 grammes pour le coq), nerveuse, à l'allure fière, avec un dessin très caractéristique et l'absence, chez le coq, de certains caractères sexuels secondaires. Songez que nous ne sommes qu'au tout début du XIXème siècle et que l'élevage "sportif" est quasiment inconnu puisque les premières expositions avicoles ne verront le jour qu'en 1850. Elle a été créée en variété argentée, suivie de la dorée. Les variétés citronnée et chamois sont bien postérieures.

La Bantam de Pékin:
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C'est une authentique chinoise. La Bantam de Pékin, qui n'existait qu'en variété fauve, a été trouvée dans les jardins du palais d'été des empereurs de Chine, en 1860, lors du sac de la ville par les troupes franco anglaises. Français et Anglais continuent de la nommer "Pékin" alors que dans les autres pays elle est connue sous le nom de Cochin naine en raison d'une certaine similitude de forme avec la grande Cochinchinoise. Toutes les variétés autres que la fauve ont été créées en Europe, sauf la rouge, la dorée et l'argentée à liseré noir, originaires des États Unis.

Les Combattants Malais et Indien Nains :
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Malgré leurs noms exotiques, tous deux sont de création anglaise. Le Malais dans la première moitié du XIXème siècle et l'Indien à la fin du même siècle.. Mais certes il a été fait appel à des races asiatiques pour créer ces races typiques.

L'indien nain possède un standard depuis 1896. Il est issu de croisements successifs entre Combattants anglais nains de type ancien avec des Aseels puis des Malais. A cette époque sa silhouette est encore très imparfaite mais va progressivement s'affirmer. Après la seconde guerre mondiale il aura acquis sa forme actuelle mais les Anglais continuent à le perfectionner (plus bas sur pattes et plus large) alors qu'il est à peu près stabilisé sur le continent. En Europe il n'est admis que deux variétés : dark et jubilé, mais aux États Unis il est connu dans de nombreuses variétés sous le nom de "Cornish" ce qui signifie "originaire de Cornouaille", province anglaise. Au début il se nommait "Cornish indian game" (Combattant indien de Cornouailles) sans doute ne raison du lieu de création de la race.

Le Combattant Anglais Nain de type ancien:
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C'est une race qui est élevée en Grande Bretagne depuis des siècles, en parallèle avec la grande race sans que l'on puisse préciser son origine. C'est un vrai combattant destiné à la lutte, chez lequel le type prime le coloris.

Le Combattant Anglais Nain de type moderne:
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En 1850 les combats de coqs sont interdits en Angleterre. Les Anglais vont affiner la silhouette de leurs combattants en les retirant de l'arène pour en faire de pures volailles d'exposition. En 1870, des nains modernes, en Angleterre, remportent leurs premiers succès en exposition. Leur silhouette est encore un peu grossière mais dès la fin du siècle ils atteignent la perfection et ont peu évolué depuis. En France, c'est M. Antoine VLASTO (Président du B.C.F. de 1906 à 1912) qui va faire connaître cette race. Ce sont de purs sujets de luxe dont le standard, y compris les coloris des variétés, est minutieusement défini,

Le Barbu d'Anvers :
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Il est évidemment d'origine belge et a vu le jour dans les dernières années du XIXème siècle. Il est probablement issu de naines pattues et barbues croisées avec des races à pattes lisses dont probablement la Nankin, race maintenant disparue pour le plus grand dommage de l'aviculture car son coloris occupait un créneau disparu aujourd'hui. Le Barbu d'Anvers remporte un très grand succès dès le début du XXème siècle, non seulement dans son pays mais également en Angleterre et aux États Unis où des Clubs spécialisés pour cette race apparaissent dès 1911.

Le Barbu d'Uccle:
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Également d'origine belge, cette race est créée, dans la mouvance du Barbu d'Anvers, par Michel Van Gelder, à Uccle (banlieue de Bruxelles) vers 1904. Elle est issue de volailles pattues, probablement hollandaises, et de Barbus d'Anvers. Les premières variétés furent la mille fleurs et la porcelaine; ce sont encore les plus répandues. Les unicolores apparurent peu après, en 1906.

Elle reste fortement apparentée à l'actuelle Sabelpoot, elle même descendante directe de volailles pattues connues depuis plusieurs siècles. Il existe d'ailleurs des Sabelpoot barbues. Le Barbu d'Uccle garde cependant une forme plus ramassée, des pattes plus courtes, un poids légèrement inférieur et un développement extrêmement abondant du plumage.

La Pictave :
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La seule naine vraie de pure origine française est récente. Comme son nom l'indique, elle est originaire du Poitou. C'est au début de ce siècle que le Comte Raymond LECROINTRE (qui sera ultérieurement vice président du B.C.F. ayant besoin de poules couveuses pour élever ses faisans de chasse, entreprit de faire, à partir de petites poules de ferme souvent hétéroclites, la race que nous connaissons. Son poids au standard, de 600 à 800 grammes (qui n'a jamais changé depuis) la faisait considérer comme une demi naine lors de son homologation en 1928. A cette époque elle ne pouvait guère être comparée qu'à des Sebright, des Javas, des Barbus belges et des Combattants anglais modernes, tous de poids plus réduit. Depuis, de multiples réductions de grandes races, au poids plus respectable, ont été créées et le terme de demi naine ne se justifie plus pour la Pictave.

La Nègre-Soie :
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Elle est maintenant classée dans les grandes races étrangères mais reste plus légère que certaines nanifications de grandes races. Quant à la Nègre soie naine elle est encore très rare.

La Nègre soie est chinoise. Marco POLO l'a décrite dans ses "Récits de voyages extraordinaires" rédigés à son retour à Venise après avoir séjourné à la cour de Kubilaï Khan de 1271 à 1295. Elle devait donc être déjà rigoureusement sélectionnée car nous savons que plusieurs de ses caractéristiques sont récessives. Mais ce sont probablement les Japonais qui l'ont perfectionnée ultérieurement. C'est du Japon qu'elle serait passée en Europe.


Extrait de "Les Plus Belles Poules Naines" Album du centenaire du B.C.F.

Texte paru dans le bulletin N° 65 de La SACCY (Société Avicole Cunicole Colombicole des Yvelines), avec l'aimable autorisation de Mme Évelyne BRIDARD

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