Les prédateurs

par Mr Jean-Claude MARTIN, Président d'honneur du B.C.F.

Les rapaces, les corbeaux et pies, les renards, les chiens errants, les chats errants, les mustélidés, les rats, les hérissons, les souris

Il est toujours décevant de voir un bel élevage détruit ou même simplement entamé par quelque "bête" venue se régaler avec les plus beau spécimen du cheptel. Vous l'avez certainement remarqué, ce sont toujours les plus beaux qui sont tués, du moins au dire de tous les éleveurs ! Et encore s'il n'y avait que les animaux "mangés", mais certains prédateurs n'hésitent pas à massacrer tout un poulailler pour ne finalement emporter qu'une seule volaille. Quelquefois d'autres animaux sont tués et enterrés sur place ou à proximité, sans doute à titre de garde-manger.

Les prédateurs sont de plusieurs espèces. On les voit quelque fois mais la plupart du temps ils exercent leurs méfaits avec discrétion et se gardent bien de se laisser apercevoir. On ne peut alors les reconnaître qu'à leur façon d'agir.

Tous ne sont pas à quatre pattes et certains oiseaux, rapaces ou même "becs droits", s'attaquent aux oeufs, poussins et jeunes poulets, parfois aux adultes.

Que l'on vive à la campagne ou en ville (du moins en banlieue pavillonnaire), nul n'est à l'abri de leurs méfaits, sauf peut-être de ceux des rapaces qui évitent généralement les zones trop construites, à part la faucon crécerelle que sa petite taille limite à la capture des moineaux.

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Des rapaces de diverses espèces peuvent s'attaquer à votre cheptel, même à des poules adultes, surtout évidemment des poules naines. Ils agissent en plein jour et l'on peut donc les identifier, quoique souvent ils se méfient de l'homme et attendent votre départ pour agir. Leurs méfaits sont surtout spectaculaires sur les couvées de poussins et de canetons. Comme ils sont intégralement protégés, ils sont de plus en plus nombreux et il est interdit de les détruire. La meilleure parade est de tendre filets ou grillages au dessus des parcs et volières mais ce n'est pas toujours facile quand on lâche ses animaux sur de grandes surfaces pour qu'ils profitent de la nature. Une bonne parade est la sphère anti-rapaces. Il s'agit d'une grosse boule (environ 50 cm de diamètre) en métal ou plastique brillant, renvoyant la lumière et les images déformées, que l'on place au sommet d'un mat au centre de la zone à protéger. Elle est réputée efficace et on peut la trouver chez les commerçants spécialisés en matériel avicole. N'oubliez pas de la nettoyer régulièrement afin qu'elle conserve son pouvoir réfléchissant.

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Corbeaux et pies
sont surtout des prédateurs des oeufs mais n'hésitent pas à enlever des oisillons. Présents surtout en campagne, ils n'hésitent plus maintenant à coloniser les zones très habitées. Consultez la législation locale pour savoir si vous avez le droit de les tirer ou de les faire tirer... solution malheureusement inadaptée aux zones trop bâties.

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Mais les méfaits les plus courants sont l'œuvre des prédateurs à poils, à commencer par le renard. Ne croyez pas que son action se limite aux campagnes, il s'est parfaitement acclimaté en ville et n'hésite pas à circuler la nuit dans les rues, mêmes fréquentées, comme le ferait n'importe quel chat. Cette accoutumance aux zones urbaines pose de nombreux problèmes à l'éleveur, car si le renard "des campagnes" reste très prudent et peut être tenu à distance par des procédés comme l'éclairage ou le bruitage, celui "des villes" n'en a cure et s'habitue à tout. Les renards peuvent être nuisibles toute l'année mais le sont surtout au printemps quand ils nourrissent puis éduquent leurs jeunes. C'est la saison des plus grands carnages.

Même si vous n'avez pas encore été victime du renard, surveillez vos enclos. Un début de fouille à la base, ou des déformations anormales du grillage (souvent étiré vers l'extérieur) indiquent qu'un goupil cherche à pénétrer. Il y réussira rapidement si vous ne prenez pas immédiatement toutes les précautions nécessaires.

Les méfaits du renard sont spectaculaire : il commence par affoler les animaux puis tue tout ce qu'il peut atteindre ; il consomme rarement sur place et préfère choisir et emporter un animal quand le carnage est fini ; éventuellement il en enterre également un ou deux à titre de réserve, ce qui signifie qu'il a l'intention de revenir.

Comment réagir ? Pièges à ressort et poison sont interdits. Seule la "boîte à fauve" (1), qui enferme l'animal sans le blesser est autorisée, après déclaration en mairie. Elle est généralement conçue pour être appâtée avec un animal vivant (protégé du prédateur) mais tout morceau de viande convient très bien. Le règlement ne précise pas ce que vous faites du voleur après l'avoir attrapé.

La meilleure défense est la prévention. Comme, sauf exception, le renard n'agit que la nuit vous devez enfermer soigneusement vos animaux chaque soir. Cet habitat de nuit doit être solide. Le renard est plus puissant que l'on ne pense, rusé (on le savait) et persévérant. Il viendra à bout d'un grillage classique à force de le malmener. Il creuse très bien et passe sous les clôtures qu'il ne peut percer. Il grimpe également avec beaucoup d'aisance et la couverture doit être aussi solide que les côtés. Les clôtures modernes à mailles rectangulaires (genre Bekaert) auront une maille de 10 X 7 au grand maximum. Une maille de 10 X 10 retient les adultes mais laisse passer les jeunes qui font autant de dégâts. Suite à des dégâts importants causés par les renards qui avaient percés mes clôtures (j'ai attraper le premier coupable dans une boîte à fauves mais pas les autres devenus méfiants) j'avais renouvelé la totalité de mes clôtures en remplaçant les anciens grillages par du Bekaert 10 X 4 sur les côtés (doublé de grillage classique à maille de 16 sur une hauteur de 60 cm. à partir du sol) et 10 X 7 sur le dessus. La base était profondément enterrée ou cimentée. Je m'estimais tranquille. Il n'y eut plus d'hécatombe mais je retrouvais régulièrement un faisan mort la tête arrachée et parfois même disparu. Certains perchoirs ne se trouvaient qu'à 40 cm. du toit grillagé et le renard parvenait à saisir les oiseaux pendant leur sommeil. J'ai abaissé les perchoirs. Peu après j'ai retrouvé un matin ma femelle Chinquis estropiée ; quant au mâle il avait disparu mais tout un côté de la volière était jonché de ses plumes. J'en ai déduit que le ou les renards avaient réussi à affoler suffisamment les oiseaux pour qu'ils se jettent contre le grillage et soient saisis ; le mâle a sans doute été sorti "par morceaux". J'ai acheté une clôture électrique et entouré tous mes enclos ; depuis trois ans je suis tranquille et j'espère que cela va durer mais sans en être très certain.

La clôture électrique est en effet une arme dissuasive particulièrement efficace. L'investissement est d'environ + ou - 1500 francs et la consommation très faible tant qu'il n'y a pas de fuite de courant (2). L'installation doit être soignée et le câble soigneusement isolé. Il faut protéger la base des enclos mais aussi le sommet car le renard (ou d'autres prédateurs) pourrait sauter le câble du bas pour grimper après la clôture et passer par en haut. Petit inconvénient : cette installation doit être contrôlée si possible chaque jour car il y a toujours quelque brin de plante ou baguette de bois qui vient toucher le câble ; ils sont théoriquement isolants mais causent des fuites ou peuvent carrément mettre l'installation en court-circuit en appuyant le câble sur le grillage.

Une autre solution consiste à lâcher un solide mâtin autour des volières, pourvu que ce chien ne soit pas lui-même attiré par les animaux que vous élevez (éviter les chiens "de chasse", les bergers sont plus sûrs pour cette tâche). Le renard ne s'y frottera pas. Il faut cependant que le chien puisse circuler autour des volières. Un ami dont les volières étaient adossées à la clôture extérieure de sa propriété et qui possédait un chien bien vigilant reçut la visite d'un renard qui travailla tranquillement à l'intérieur, après avoir réussi à pénétrer, tandis que le chien tempêtait dans le jardin à l'extérieur des volières. Je pense que dans ce cas il y a du avoir accoutumance du renard qui a sans doute fait plusieurs essais et reconnaissances avant d'être assuré que le chien ne pouvait l'atteindre.

Une autre histoire de renard m'a été contée. Un ami résidant en campagne et possédant une propriété de plus d'un hectare, peu ou mal close, élève plusieurs races de poules naines dans des enclos soigneusement fermés. Il possède aussi des dindes et des canes en liberté. Un jour un renard solitaire vient installer son terrier dans un coin de la propriété. Mon ami ne s'en aperçoit pas immédiatement mais découvre un jour ce terrier et même aperçoit le locataire. Mais aucun dégât ne survient dans sa basse-cour. Bien que quelque peu inquiet, il laisse passer tout un hiver. Au printemps il pense que ses dindes et canes vont couver, que le renard va lui-même fonder une famille et qu'il serait temps d'intervenir. Il tue le renard. Dans la semaine qui suivit tout son cheptel libre fut tué et emporté par les renards du voisinage qui avaient envahi le territoire libéré et n'avaient sans doute pas la bonne éducation ou la prudence du précédent locataire. Mais celui-ci se réservait peut-être les proies de proximité pour éduquer sa future famille.

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Les chiens errants sont pires que les renards parce que souvent plus gros et plus puissants et capables de détruire des clôtures qui résisteraient au renard. Les mêmes moyens de prévention doivent être utilisés. Cependant ils sont moins lestes que le renard pour escalader et une propriété bien close les dissuades généralement.

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Les chats errants ou chats harets sont redoutables car capables de passer partout et peu méfiants vis à vis des constructions. Mais ils sont peu puissants et toute bonne clôture les arrête. Les véritables chats sauvages ne sont pas à redouter car ils ne s'aventurent pas dans des installations humaines.

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Les mustélidés, généralement appelés "puants" en raison de leur forte odeur, sont les fouines, les martres, les putois (et leur cousin le furet) et les genettes. Si la martre préfère les campagnes, de préférence boisée, la fouine s'est parfaitement adaptée aux zones construites jusqu'à devenir présente en ville. La genette, plus forte, est cantonnée au sud de la France.

Ce sont en priorité des prédateurs d'oeufs mais ils n'hésitent pas à s'attaquer à des animaux vivants de la taille de poules jusqu'à parfois provoquer un véritable carnage semblable à celui que ferait un renard. Leur faible taille et leur corps longiligne leur permet de passer dans de très petites ouvertures. Ils n'emportent pas leurs victimes mais consomment sur place, en commençant par le sang. En étant persévérant, on peut les piéger avec une boîte à fauves appâtée avec un œuf frais ou quelque morceau de viande. Les fouines vivent souvent en famille et si vous en attrapez une ne croyez pas être définitivement débarrassé.

La prévention en est très difficile car le moindre trou leur sert de passage, et s'il n'en existe pas ils en créent un. La clôture électrique est efficace mais doit être disposée très près du grillage pour qu'ils ne puissent se glisser dessous ou le long. Cela rend son installation et sa surveillance plus délicates. A l'inverse du renard qui commence par essayer de passer par le bas, ils arrivent presque toujours par le haut et cherchent à pénétrer au niveau des toits et des sommets des murs et clôtures. Le câble électrique doit être installé en conséquence.

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Les rats sont bien connus de la plupart des éleveurs qui ont presque toujours eu affaire avec eux, surtout en hiver. Ils commencent par se servir dans les mangeoires, puis consomment des oeufs et finissent toujours par trucider quelque volaille qu'ils choisissent en général petite, jeune et tendre. Ils consomment la viande mais commencent souvent par les viscères. Ils ne font pas de carnage massif mais tuent un animal de temps à autre, à fréquence variable selon qu'ils sont plus ou moins nombreux et affamés.

Ils sont partout et leur présence est souvent insoupçonnée tant qu'ils ne provoquent pas de gros dégâts et que leurs passages ne sont pas trop visibles. La première indication est généralement de la terre remuée, souvent dans les recoins ou au bas des murs; ensuite on découvre des galeries dans le sol. Mais ce n'est pas obligatoire; s'ils trouvent plus facile de passer par les toits, ils le font : tout chemin leur est bon et ils n'ont pas de préférences. Si le toit et les côtés sont étanches et solides, les rats passent par le sol où ils sont fort habiles à creuser des galeries. Vous pouvez cimenter le fond de vos poulaillers mais si cette étanchéité ne vous plaît pas (l'humidité ne peut s'écouler) vous devez tapisser le fond avec un grillage solide et fin en veillant bien à la jonction avec le bas des murs.

La présence des galeries creusées dans le sol est révélatrice d'une invasion importante. Ne croyez pas alors que vous êtes victime d'un seul rat : il y en a déjà entre dix et cent ! Ces galeries peuvent vous servir à les empoisonner avec des produits vendus dans le commerce : vous enfoncez les appâts dans la galerie puis la bouchez avec une grosse pierre. Ne faites cela qu'en des endroits où les animaux domestiques ne risquent pas d'aller creuser et utilisez de préférences des appâts sous forme de blocs que les rats ne pourront pas disperser; il en existe plusieurs marques. Le principal problème est d'inviter les rats à consommer ces appâts car ils trouvent en abondance à manger dans les poulaillers : soit la nourriture des poules, soit les poules elles-mêmes. Du grain empoisonné est peut être efficace dans la cave d'un immeuble d'habitation urbaine mais dans un poulailler les rats préféreront toujours le bon grain des mangeoires qui n'a pas subi de traitement suspect. Ils sont très méfiants et risquent de retrouver votre odeur sur les appâts que vous avez manipulés et s'abstiendront alors d'y toucher. Une bonne chose est de vous frotter au préalables les mains et de frotter les appâts eux-mêmes avec un morceau de foie de bœuf bien saignant. Ce n'est pas très agréable mais c'est efficace.

On peut également les piéger avec des boîtes à fauves ou des nasses spéciales. La principale difficulté est de les inviter à y entrer alors qu'ils trouvent de la nourriture en abondance en d'autres endroits de vos poulaillers. Il faut donc appâter avec quelque chose qu'ils aiment et ne trouvent pas alentour : un morceau de foie est là aussi bien utile mais le camembert fait à point, de préférence au lait cru, fonctionne aussi très bien.

Je ne parlerais pas des pièges à ressort qui soit sont interdits, soit peu efficaces lorsqu'il s'agit de vulgaires tapettes. De toute façon ce genre de piège est à proscrire dans tout endroit où vos animaux domestiques peuvent accéder, même par hasard et très occasionnellement.

Quand vous avez réussi à vous débarrasser des rats, il faut immédiatement penser à prévenir toute nouvelle invasion, car il est certain que d'autres reviendront un jour ou l'autre. Vous pouvez laisser des boîtes à fauves ou des nasses appâtées en permanence. Un bon système, pas trop coûteux, consiste à fabriquer des caisses en bois entièrement fermées de dimensions minimales 20 X 20 X 40. Ces dimensions peuvent largement varier ce qui permet d'utiliser de vieilles caisses récupérées. Un trou circulaire d'environ 7 cm de diamètre est percé sur une des faces (ou une des extrémités) avec une scie cloche. Vous y placez des blocs appâts du commerce qui se conservent très longtemps et sont peu sensibles à l'humidité et vous disposez quelques unes de ces caisses autour de votre poulailler, à l'extérieur. Si un rat survient, il commencera par visiter cet intéressant terrier avant de chercher à pénétrer dans le poulailler. Plus la caisse est là depuis longtemps et intégrée dans le paysage, moins le rat se méfie. La caisse étant entièrement close, sauf le petit trou, vos animaux familiers, chats et chiens, ne pourront accéder aux appâts. Il faut renouveler les appâts une ou deux fois par an.

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Les hérissons, ces gentilles petites boules de piquants à l'allure maladroite et à la frimousse attendrissante sont des prédateurs méconnus de nos poulaillers. Il faut savoir que ce sont des carnivores et que tout leur est bon.

Le hérisson ne provoque jamais de massacre mais peut tuer de temps à autre. Comme ce sont des animaux discrets et nocturnes, il s'en trouvent souvent dans votre voisinage ou chez vous sans que leur présence soit soupçonnée. Ils hivernent en mauvaise saison, donc à l'inverse des rats qui sont surtout nuisibles en hiver (bien qu'ils puissent l'être en toute saison), leur dégâts sont réalisés au printemps ou en été. Quant ils ne trouvent plus suffisamment de vers de terre et d'autres menues proies, ils n'hésitent pas à s'attaquer aux volailles endormies. Peu agile ils n'iront généralement pas chercher les volailles perchées en hauteur mais s'attaqueront à celles qui restent au sol : poules couveuses, nichées trop jeunes pour voler, races ne perchant pas ou peu comme les Nègre-soie. Leur signature est caractéristique : la cervelle et les viscères sont consommés alors que la chair reste généralement intacte.

Leur faible taille fait qu'ils préfèrent les animaux jeunes ou petits. Un ami m'a cependant signalé avoir eu une poule Sussex, pourtant perchée, tuée par un hérisson qui avait attaqué et partiellement vidé l'abdomen.

Ils sont beaucoup moins méfiants que les rats et très casaniers. Ils suivent toujours les mêmes itinéraires et reviennent toujours là où ils ont trouvé à se restaurer. Ils sont donc relativement faciles à piéger avec une boîte à fauves appâtée avec un morceau de foie.

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Les souris ne sont pas, à proprement parler, des prédateurs des volailles en ce sens qu'elles ne les tuent pas. Il ne faut cependant pas les négliger car leurs dégâts peuvent être très importants. La souris ne vit pas seule mais en colonie et se reproduit très rapidement quand les conditions sont favorables et la nourriture abondante ce qui est le cas dans les poulaillers : installations confortables et mangeoires bien garnies. Vous pouvez en héberger, très involontairement, plusieurs centaines. La quantité de nourriture consommée devient alors importante aux dépens de vos poules mais surtout de votre budget.

La souris, si elle ne tue pas les poules, s'y attaque d'une façon bien particulière. Elle est frileuse et apprécie le confort. Pour cela, elle se confectionne soit dans le sol; qu'elle creuse très bien, soit en tout autre endroit qui lui plaise, des nids douillets entièrement tapissés de matériaux isolants. Les plumes des poules sont particulièrement appréciées. Elle en trouve en abondance dans les poulaillers, surtout au moment de la mue, mais quand la ressource est épuisée, elle n'hésite pas à aller se servir sur les poules elles-mêmes. Comme elle craint les coups de bec, les plumes de la queue sont particulièrement visées. La plume n'est pas arrachée mais découpée en petits tronçons faciles à emporter. Les poules couveuses sont particulièrement victimes mais si les perchoirs sont placés de façon à ce que la queue des poules et coqs se trouve à proximité immédiate d'un grillage, elles vont se servir sur les sujets endormis et perchés. Le résultat est une queue plus ou moins écourtée où ne reste parfois que la base des rachis.

La prévention n'est guère possible car la souris se glisse partout. La clôture électrique est évidemment inefficace. Certains commerçant proposent des appareils à infra ou ultrasons qui, paraît-il, les repoussent. Je n'ai jamais voulu en essayer car je suis persuadé qu'un tel appareil doit perturber tout autre animal à sang chaud, donc également les poules. Il existe aussi des plantes qui repoussent les rongeurs. C'est vrai et je les ai expérimentées pour protéger des cultures. Mais l'expérience montre que leur efficacité ne dépasse pas quelques dizaine de centimètres. Leur plantation autour des poulaillers n'aura donc qu'une efficacité très limitée. Les chats sont des prédateurs efficaces des souris, mais il n'est pas question de les installer à l'intérieur des poulaillers, leur action sera donc nécessairement limitée.

Il faut donc détruire. Les classiques tapettes plates sont efficaces mais attrapent aussi bien les pattes des poules que les souris; celles où la souris doit entrer la tête sont mieux adaptées aux poulaillers. Les pièges à glu où les souris restent collées sont également efficaces, mais dans un poulailler où les poules en grattant entretiennent un mouvement permanent de débris et de poussières, ils se colmatent rapidement. Les renouveler quotidiennement est beaucoup trop onéreux. La nasse à souris est beaucoup plus efficace et permet d'en attraper plusieurs simultanément. Cependant toutes ces mesures sont ponctuelles ou partielles et ne permettent pas de se débarrasser totalement d'une population de souris bien implantée.

L'éradication passe nécessairement par l'empoisonnement. Il existe dans le commerce de multiples appâts empoisonnés. Inutile d'essayer les céréales empoisonnées, les souris préféreront toujours le grain de vos poules qui n'a pas subi de manipulation. Il faut utiliser des appâts spécifiques imprégnés d'un produit qui attire les souris et qu'elles préféreront au grain qu'elles trouvent en abondance. Ces appâts sont souvent vendus sous forme de granulés.

La principale difficulté est de mettre le poison à la disposition des souris et hors de la portée des poules. Il faut même envisager la possibilité que les souris essayent de disperser et de transporter l'appât empoisonné qui se trouve nécessairement conditionné en fragments de faible dimensions, donc toujours consommables par les poules. Certains commerçants proposent des contenants bien conçus pour cet usage (3). Personnellement j'utilise des boîtes en bois semblables à celles décrites plus haut pour les rats mais de dimensions plus réduites (12x12x25 environ) avec un trou d'un diamètre d'à peu près trois centimètres. En fait cela ressemble quelque peu à des nids à perruches. Les boîtes en bois dans lesquelles sont vendues certaines bouteilles de vin ou d'alcool de haut de gamme sont très bien adaptées à cet usage imprévu; il suffit de percer un trou d'accès.

Quand vous entreprenez une campagne de destruction des souris, pensez à acquérir suffisamment d'appâts empoisonnés. Vous allez être surpris par la quantité mangée qu'il faut impérativement renouveler jusqu'à l'arrêt de la consommation, sinon vous n'aurez pas tout détruit. C'est qu'il existe beaucoup plus de souris que vous ne le soupçonnez. N'hésitez pas à multiplier les boîtes à appâts. Dans un poulailler important il peut exister plusieurs familles de souris qui ne se mélangent pas et ont chacune un territoire bien délimité et défendu avec ardeur. En plaçant le poison à un seul endroit vous détruisez une famille mais le terrain est bientôt occupé par d'autres. Quand vous pensez avoir détruit tout le cheptel, laissez, comme pour les rats, les pièges appâtés en permanence, d'autres souris 'risquent de venir.

Les souris mortes sont souvent restées dans les galeries ou parties à l'extérieur; il peut cependant s'en trouver dans les poulaillers. Chaque matin, éliminez les cadavres car les poules consomment les souris et risquent de s'empoisonner indirectement.

Fait curieux : quand des rats arrivent, les souris disparaissent. Je me garderai cependant bien de vous conseiller d'importer des rats pour éliminer les souris.

Je ne souhaite à personne de voir son cheptel décimé par un ou plusieurs prédateurs. Cela risque cependant toujours d'arriver. J'espère que, dans ce cas, ces quelques conseils pourront vous être utiles.
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(1) Les "boîtes à fauves" sont des pièges de diverses dimensions, conçus en grille, en grillage, en bois ou en métal ou l'un et l'autre de ces divers matériaux, dont l'une des extrémités est constituée par une trappe qui se déclenche lorsque l'animal a pénétré dans la boîte. Pour l'inciter à pénétrer on appâte le fond de la boîte avec œuf, viande ou animal vivant : dans ce dernier cas l'appât est protégé par une grille le séparant du prédateur. Certaines boîtes à fauve sont à double accès.

(2) On trouve différents modèles d'installations pour clôtures électriques, fonctionnant sur piles ou sur secteur, dans les grandes surfaces à vocation jardinage et élevage genre Point vert.

(3) Les établissements CEVAL, 11, chemin de la Charette, 73204 ALBERTVILLE Cédex, Tel : 04 79 37 47 26 fabriquent des boîtes à appâts conçues pour être placées dans les poulaillers sans que les rats et souris qui y pénètrent puissent ressortir l'appât empoisonné. Ils disposent également de toute une gamme d'appâts adaptés aux rats, aux souris ou aux surmulots et campagnols.

 

Texte paru dans le bulletin N° 6 de L'ASSOCIATION AVICOLE D'EURE ET LOIR, avec l'aimable autorisation de Mr Daniel DADU ainsi que de l'auteur.

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